02.09.2007
La fille coupée en deux
Je débute ma rubrique cinéma avec le dernier film de Chabrol, La fille coupée en deux, que je me suis enfin décidée à voir cette semaine. L'affiche, réalisée par Miss Tic, le casting (j'aime bien Ludivine Sagnier) et le lieu, m'avaient attirée et me paraissaient être des ingrédients suffisants pour que le film m'intéresse. Peu de films se passent à Lyon, donc j'étais curieuse de voir comment Chabrol avait exploité le terrain pour son scénario. J'avoue que le synopsis ne m'avait pas vraiment emballée : "Une jeune femme qui veut réussir dans la vie et dont le rayonnement séduit ceux qui l'entourent, s'éprend d'un écrivain prestigieux et pervers, et épouse un jeune milliardaire déséquilibré." Bon, pourquoi pas... en même temps, il ne faut pas s'arrêter au synopsis, qui ne laisse absolument pas transparaître les subtilités du scénario ni la qualité du réalisateur, de la mise en scène et/ou de la bande son. Donc, après une journée de travail plutôt intense, alors que la ville était balayée par un orage violent, je ne suis pas rentrée chez moi et ai décidé sur un coup de tête de me réfugier au cinéma. Je m'apprêtais alors à être plutôt bon public.
En fait, je me suis plutôt ennuyée et je n'ai absolument rien ressenti, ni pour cette fille qui se fait avoir, ni pour cet écrivain lâche et menteur, ni pour cet héritier pourri gaté qui pète les plombs. Le couple Sagnier-Berléand ne fonctionne pas, la lutte des classes est archaïque et la bourgeoisie qu'il met en scène est dépassée et poussiéreuse. Le film n'apporte donc rien de nouveau et manque sérieusement de fraîcheur, malgré la présence de Gabrielle (Ludivine Sagnier, plutôt bien), seul personnage intéressant et crédible. Mais ma plus grande déception a été l'utilisation de la ville. La caméra se fiche tellement des lieux qu'elle filme que j'ai eu bien du mal à reconnaître certains endroits par lesquels je passe pourtant souvent et j'ai du mal à croire que la régie ait fait réellement son boulot de repérage. Lyon était pourtant une bonne candidate pour illustrer le milieu bourgeois, du quartier d'Ainay, repère de l'ancienne aristocratie un peu désargentée, catho et coincée, au boulevard des Belges, ses halls dorés et dallés de marbre, ses hôtels particuliers et ses ambassades, donnant sur le Parc de la Tête d'Or. Mais non, on aperçoit un instant la place Guichard, qui n'a rien de nantie, quelques rues complètement insignifiantes et une rapide vue aérienne de la ville, histoire de se souvenir où on est. En plus, notre jeune milliardaire déséquilibré, est un flambeur, amateur de belles voitures et de costumes italiens éclatants, alors que la bourgeoisie lyonnaise ne s'affiche pas et ne montre pas vraiment son argent. Mais le pompon revient à la sélection des quelques images de la Fête des Lumières (8 décembre) : le spectacle son et lumière de l'église St Nizier en 2005, le plus ridicule qui ait jamais été réalisé (des anges en 3D sauvent l'église des flammes, accompagnés d'une voix off profonde et habitée...). Le pire, c'est que je ne suis même pas sûre que cela soit voulu, même si cela va de paire avec le côté ringard de la ville qu'il filme. J'avoue, je suis un peu vexée dans ma fierté de lyonnaise, mais en supposant que ce soit l'effet recherché, ce n'est pas exploité correctement. Bref, il n'y a pas grand intérêt à ce que cette histoire (ratée à mon goût) se passe à Lyon et c'est à se demander si ce n'était pas juste pour bénéficier de la subvention Rhône-Alpes, l'une des plus généreuses...
22:30 Publié dans Mon cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, chabrol, la fille coupée en deux, lyon





