26.06.2009

Le temps des dernières fois

Voilà, c'est presque fini...

Ma valise m'attends, béante et désespérément vide. Je n'ai toujours pas imprimé mon billet d'avion. Je repousse au maximum le moment de m'y mettre, comme si le départ ne se concrétisait qu'une fois entamé ce processus. Et puis je ne réalise pas vraiment. J'ai déjà pris plusieurs fois l'avion et quitté Madrid, mais c'est la dernière fois que je le fais en tant que madrilène. Une fois de retour sur le sol français, je redeviendrai une étudiante française quelconque, qui est partie en échange mais n'est plus Erasmus. Je me le répète souvent pour me préparer du mieux possible à ce changement inéluctable, mais rien n'y fait. Je rentre, ok.

Hier cela m'est quand même tombée dessus, d'un coup, alors que j'étais passée dans le quartier de Salamanca pour jeter un oeil aux soldes (elles ont commencé lundi ici, donc ce n'était pas la cohue), je suis arrivée dans le parc du Retiro. Et là, bam ! Je me suis rendue vraiment compte que c'était probablement la dernière fois que je venais ici avant un bon moment. Je me suis dépêchée de grimper le petit monticule artificiel équipé d'escaliers en colimaçon pour voir enfin ce qu'il y avait au sommet car je me suis dis des dizaines de fois pendant l'année qu'il faudrait que j'aille voir un jour. Et je me suis prise en pleine figure tous les mini-projets et les plans que j'avais prévus ici sans les avoir encore réalisés, en me rendant bien compte qu'il était désormais trop tard. J'ai quand même été désespérée de ne pas être entrée dans le stade de foot du Real Madrid (le Santiago Bernabeu), alors que je n'en ai absolument rien à secouer du Real (en plus, ils se décident à recruter uniquement des manequins une fois que je m'en vais... tsssk). J'ai arpenté le parc, en essayant de passer uniquement par des endroits que je n'avais pas encore vus à cause de l'habitude et j'aurais voulu pouvoir en même temps retourner à tous mes endroits préférés. Je suis quand même allée dire bonjour aux canards, même s'ils n'étaient pas aussi émus que moi.

Et puis j'ai filé au Prado. Ma dernière exposition au Prado... Cela faisait des semaines que je pensais y aller et puis par flemme et certainement pas par manque de temps j'avais retardé. Je n'ai pas regretté. Je ne suis pas hyper calée en peinture espagnole, mis à part tous les grands classiques (Velazquez, Goya, Picasso, Miro etc...), donc cette année a été une remise à niveau (j'ai fait allemand LV2 je rappelle, donc par contre j'ai mangé de l'expressionnisme allemand pendant des années). J'ai donc découvert Sorolla, un peintre très apprécié à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, qui peignait plus pour la forme que le fond, mais techniquement très impressionnant. Ce n'était pas un artiste torturé, loin de là, apparemment, tout à l'air de lui avoir réussi : de nombreux prix pour ses tableaux, très amoureux de sa femme, de beaux enfants et apprécié autant dans la haute société pour son côté intellectuel que chez les pêcheurs valenciens qu'il a peints de nombreuses fois. A tel point que des Américains lui ont commandé de grands tableaux de l'Espagne, la culture et le terroir espagnol pour les nuls en quelque sorte. Forcément, cela a fait écho à mon état d'esprit. J'ai cherché à me remplir de l'énergie des danses sévillanes, à ne plus être inquiétée par les costumes des processions de la semaine sainte (les mêmes que ceux du Ku Kux Klan, en noir...), à comprendre l'importance de la mer et de la pêche, à m'enorgueillir des plateaux arides, des champs de blé et des montagnes de la Castille. Pour la première fois, je n'avais plus l'impression d'être spectatrice car j'avais fait partie de tout cela le temps d'une année. Une année, c'est ce qu'il m'a fallu pour comprendre viscéralement ce qu'est l'Espagne, ses paradoxes, son histoire et son rythme de vie.

Je suis sortie un peu ragaillardie, le guide de l'exposition sous le bras en souvenir de ces dernières émotions passées là-bas. J'ai regretté de ne pas avoir prix mon appareil photo car la ville était belle à ce moment-là, ou alors c'était pour m'aider à garder en mémoire ces précieux instants, parce qu'on remarque des détails nouveaux quand on sait que c'est fini. J'ai essayé de ne pas me laisser de nouveau assaillir par la détresse, à l'idée que je ne pourrai pas passer partout, que je n'irai pas goûter les poivrons farcis de ce bar et qu'il y a définitivement trop de rues pour que je puisse toutes les parcourir une dernière fois. Je suis rentrée, sereinement, en faisant quelques détours.

Aujourd'hui, c'est mon dernier jour ici. Ma propriétaire vient demain matin pour signer les papiers de clôture du bail et pour nous rendre la caution, vers midi je prendrai le métro pour la dernière fois avec mes valises trop lourdes et à deux heures cette année sera vraiment terminée.

Aujourd'hui, c'est la dernière fois que je vois mes amis d'ici, et encore, je sais que je ne pourrai pas leur dire au revoir à tous.

Il est temps que je commence ma valise, je crois.

02.12.2008

Au compte-gouttes

Vu ma fréquence d'apparition sur ce blog, on pourrait croire que je me fais désirer. Quoique, mes notes sont tellement biens et tellement denses qu'il faut bien une bonne semaine pour les digérer, non ? non, d'accord, je n'ai simplement pas assez de temps à y consacrer, entre les cours (c'est quand même pour cela que je suis venue officiellement, mais ils me grignotent bien plus de temps que je ne l'aurais pensé), la vie étudiante, mon autre blog de ma vraie vie et le fait que je n'habite plus seule.

Sur le dernier point, je n'ai techniquement jamais habité seule, sauf une année où je me suis retrouvée à tourner en rond dans 15 m² avec mes cours de maths et de physique (je ne vous raconte pas l'éclate totale, je ferais des jaloux). Mais en fait, habiter dans du plus grand en colocation avec des copines, c'est très sympa, mais on ne se voit pratiquement pas quand on a des chambres séparées et chacune son rythme, parfois très étrange (l'une de mes anciennes colocs faisait des fugues en pleine nuit pour lancer des calculs dans son labo et perdre moins de temps dans la journée, probablement la dernière chose qui m'aurait faite lever à 3h du matin). Je ne regrette évidemment pas ce temps-là et j'aimerais bien y revenir quand il faudrait rentrer en France terminer mes études, mais cela ne ressemble pas du tout à la colocation en couple évidemment.

Cela paraît bizarre à toutes les personnes à qui j'en parle ici, car les Erasmus ne sont pas vraiment dans cet état d'esprit et c'est sûr que je passe à côté de quelque chose en "vivant à deux". Pour certains, c'est le "grand saut", c'est "sérieux" et à les entendre, il ne me reste plus qu'une chose à vivre : me marier. Bon, j'exagère un peu, mais pas vraiment sur l'effet que cela fait. Il est d'ailleurs très étrange de passer du statut de couple à distance que tout le monde plaint en disant que cela doit être difficile (et je ne mentirai pas, ça l'est) à celui de couple au quotidien que beaucoup trouvent maintenant précoce. Alors forcément, ces personnes ne savent pas qu'en fait c'est la première fois qu'on habite ensemble, qu'avant on passait notre temps à se dire au revoir sur des quais de gare (et que ce n'était plus possible de continuer comme cela) et surtout que c'est temporaire, puisque je ne sais toujours pas combien de temps il va rester ici et qu'ensuite on va retrouver nos bonnes vieilles habitudes (sauf qu'on se dira peut-être au revoir dans des aéroports cette fois-ci, histoire de changer).

Mais bon, à la limite, on s'en fiche de ce que pensent les gens, mais cela n'occulte pas de nouveaux problèmes :  comment vivre ensemble en continuant à exister seul(e) ? Je sais, je pourrais écrire dans la rubrique psycho de Elle. On aurait peut-peut-être dû chercher plus activement une chambre dans une colocation avec d'autres gens, mais d'une part ce n'est pas forcément évident à trouver et d'autre part, c'est loin d'être confortable. En fait, je ne peux pas m'empêcher d'avoir l'impression d'être sérieuse et raisonnable trop tôt. J'aime bien sortir et danser, mais cela ne m'amuse pas de vomir mes chocapic le matin et arriver bourrée en cours, même à 14h. J'aime bien rencontrer de nouvelles personnes, sentir que je plais (comme toutes les filles), mais je me contente de l'idée que d'autres relations, plus ou moins fugaces, seraient possibles, sans avoir besoin de sauter le pas. Bon, en même temps, la situation actuelle complique les choses. Je suis plutôt ouverte et extravertie, mais parfois, je préfère largement une soirée tranquille avec un bon DVD et du chocolat chaud plutôt que d'aller à la super soirée au Pacha, la boîte la plus sélecte de Madrid, avec les autres Erasmus.

Qu'y a-t-il de mal à cela ? Pas grand-chose, et en fait, c'est probablement ce qu'il y a de mieux à faire la plupart du temps. Le problème, c'est que je n'ai testé ces excès que partiellement et je me dis qu'un jour il sera peut-être trop tard pour commencer et que ce jour-là, je regretterai de ne pas avoir vécu ces choses-là, aussi répréhensibles et peu glorieuses soient-elles. Le problème, c'est que tout le monde met un point d'honneur à profiter à fond de cette année, mais je ne suis pas sûre que la méthode communément admise dans le monde Erasmus soit celle dont j'ai envie. Il faut que je fréquente plus ceux qui sont un peu plus posés.

Bon, suite à ces questions existentielles, j'en profite quand même pour faire un point sur mon niveau d'espagnol (désespéremment bas en arrivant, bien que j'aie été affectée au meilleur groupe en cours. Ce n'est pas parce que j'arrive à répondre à des questions de grammaire en QCM que je sais parler et écrire !). En fait c'est assez incroyable, j'ai l'impression de réapprendre à lire. Vous savez, au début on bute, on ne comprend pas tout, on reconnaît superficiellement ce qu'on a vu à l'école, et puis un jour on se rend compte que tout est clair, naturellement, sans faire d'effort. Un jour, lire le journal en espagnol devient pratiquement aussi simple que de le lire en anglais (je n'irai pas jusqu'au français, il me manque encore du vocabulaire), sans avoir besoin de sauter sur son dictionnaire tous les deux mots. Et de la même façon, un jour on parle vraiment, sans chercher ses mots et en échangeant des choses plus profondes que "Qué tal?" ou "je viens de Lyon et j'ai 22 ans". Je me suis déjà attaquée au terrible sujet du système scolaire en France (en fait, je suis aidée, le système espagnol est assez similaire) et j'ai même parlé de la guerre d'Algérie en cours d'espagnol. Mais le must, c'est de conjuguer de l'imparfait du subjonctif à l'oral (oui, cela se fait beaucoup en espagnol) au bon moment ! Oui, des fois on se regarde entre Erasmus et on s'applaudit de notre performance. "Oh et en plus tu as évité le piège de la négation ou du 'a lo mejor' en début de phrase !" Ensuite on redescend sur terre, parce que bon, on a simplement dit que le prof nous a demandé d'amener le livre pour la semaine prochaine (oui, je confirme, de l'imparfait du subjonctif pour dire la même chose en espagnol). Mais bon, il n'y a pas de petites joies :-)

Et sinon, j'ai beaucoup aimé Salamanque le week-end dernier, même si j'aurais voulu y passer plus de temps et que je m'y suis gelée les fesses la nuit (il a beau avoir neigé hier à Madrid, Salamanque est encore plus haute). Comme je vais à Séville pour le pont du week-end prochain, j'espère que je pourrai ramener des photos de moi en T-Shirt, ou même en maillot de bain (s'il suffit de tenir le temps de la photo), histoire de rendre mes amis et ma famille verts de jalousie à Noël hin hin hin.

20.11.2008

L'Espagne et ses fantômes

C'est assez difficile à croire actuellement, mais il y a peine plus de 30 ans, l'Espagne était une dictature. Pourquoi je vous parle de cela maintenant ? Parce qu'aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la mort de Franco, le 20 novembre 1975, et que le sujet de la guerre civile revient sur le tapis actuellement.

Un rapide historique s'impose pour tous ceux qui n'ont pas fait LV2 espagnol, puisque j'imagine que la guerre civile doit être au cours d'espagnol ce que le Mur de Berlin est au cours d'allemand, sujet de bac 3 fois sur 4. Bref, suite à l'accession au pouvoir du Front Populaire en 1936 (comme en France, ça fait une date de moins à retenir), la droite à tendance royaliste et une bonne partie de l'armée ne sont pas ravies et décident de préparer un coup d'État. Celui-ci rate, mais divise l'Espagne en deux : d'un côté les "nationalistes" et de l'autre les "républicains" (Madrid, Barcelone, Valence, les régions les plus riches et les plus industrielles). Et le conflit s'enlise.

Le général Franco, Caudillo de España, reçoit le soutien de Hitler et Mussolini (et maintenant je vous laisse deviner ce que veut dire caudillo), la France et l'Angleterre décident de ne pas prendre parti, mais les légions étrangères et les communistes envoient beaucoup d'hommes en renfort des républicains. Les populations sont armées et les batailles sanglantes. Début 1939, la Catalogne tombe aux mains des nationalistes, puis Madrid peu de temps après. Le 1er avril 1939, Franco annonce la fin de la guerre et prend le pouvoir jusqu'à sa mort. L'Allemagne nazie, après avoir testée ses forces militaires en Espagne (lors du bombardement de Guernica notamment), attaque la Pologne quelques mois plus tard.

La période de la dictature n'est pas très animée, les Espagnols sont engourdis et encore traumatisés par la guerre et restent passifs jusqu'à la mort de Franco en 1975. Celui-ci avait désigné le prince Juan Carlos comme son successeur et parvint à imposer la monarchie.

Après plus de 30 ans d'absence, les Espagnols se réveillent et les circonstances sont propices à la créativité et l'inventivité (période de la Movida), mais pas au dialogue et à la réflexion sur la guerre. Les criminels de guerre ne sont pas poursuivis, les coupables ne sont pas jugés et tout le monde ferme les yeux. De la même façon qu'en Allemagne, il aura fallu attendre une génération pour que les gens aient envie de connaître la vérité et de savoir ce qu'il s'est passé. Actuellement une polémique, largement relayée par la presse, oppose un juge qui a décidé d'autoriser l'exhumation des fosses communes de la guerre civile pour que les familles puissent enterrer leurs morts, à ceux qui estiment qu'il ne faut pas remuer le passé et diviser encore une fois les Espagnols (ce groupe comprend tous les nostalgiques du franquisme). Finalement, il a fait machine arrière et il a été décidé de laisser le soin à chacune des Communautés de choisir lesquelles seront ouvertes ou non. Ressortent également des histoires d'enfants enlevés à leurs parents (assassinés ou non) pour être confiés à des familles proches du régime franquiste, dont les neveux ou cousins actuels cherchent à savoir ce qu'ils sont devenus. Les Espagnols ont encore pas mal de linge sale à laver avant de pouvoir réellement tourner la page.

Et que se passe-t-il aujourd'hui ? Rien de particulier, en fait. Des fidèles du franquisme se réunisse probablement à la basilique Santa Cruz del valle de los Caídos à l'Escorial (Nord-Ouest de Madrid) où est enterré Franco. Les années précédentes, il y a eu quelques affrontements, mais je n'ai rien remarqué de spécial cette année.

Promis, la prochaine fois, je vous propose un article plus fun que la dictature ;-)

18.11.2008

Le come back

Parce qu'il est temps de revenir, de me poser, de raconter un peu, ne serait-ce que par égard à mes quelques lecteurs qui se demandent ce que je deviens, puisque mes stats de fréquentation n'ont pas chuté comme je le pensais (où alors vous êtes tous devenus des google bots ?!).

Deux mois. En fait, c'est long, mais ces deux-là je ne les ai pas vus passer.
Je propose un article-bilan, qui me paraît plus simple pour résumer rapidement ces 2 mois espagnols.

  • Madrid : C'est simple, j'aime beaucoup cette ville. Ce n'est pas évident à expliquer car c'est une ville beaucoup moins évidente à découvrir et à aimer que Barcelone, son éternelle rivale (enfin, depuis 2 siècles, n'exagérons rien). C'est une ville sans symbole vraiment définissable et c'est justement ce qui est intéressant : chaque madrilène vous en citera des différents (Barcelone ne se limite pas au parc Güell, à ses plages et à la Sagrada Familia contrairement à ce que veut nous faire croire Woody Allen, mais c'est plus facile pour les touristes). Pour moi Madrid, c'est aller voir les Pinturas Negras de Goya au musée du Prado et ensuite aller manger des tapas au jambon serrano (ou iberico les jours de fête ;-)) avec les doigts et en buvant des cañas (bière). C'est passer du quartier de Lavapiés, populaire (=plein d'immigrés et d'épiceries des quatre coins du monde ouvertes jusqu'à 23h) mais bobo en puissance, à celui de Chueca, le quartier gay et donc très branché (le temple de la fringue) où fleurissent les bars et les restaus et qui jouxte le quartier de Salamanca, le quartier riche, très parisien (=rues quadrillées et pavées ornées de boutiques de luxe). C'est lire au soleil le dimanche après-midi dans le parc du Retiro après avoir partagé une part de tarte au Delic (à tomber...) et fureté dans les petites rues de la Latina, un autre quartier plein de restaurants et de bars aux terrasses bondées quand il fait beau, mais dans un style italien. C'est snober la plaza mayor (belle mais froide et touristique) pour la plaza Santa Ana, très touristique également, mais tellement plus chaleureuse et attirante.  C'est continuer à sortir et faire la fête tous les soirs toutes les nuits, alors que le pays et le monde sont en crise. Bref, Madrid c'est plutôt une atmosphère et une ambiance, même si l'architecture est intéressante et plutôt impressionnante.
  • Voyages : Au tableau de chasse, Tolède et Ségovie, toutes deux situées dans les environs de Madrid et toutes deux villes royales avant que Madrid ne devienne la capitale et écrase ses voisines. Au programme : Salamanque pour ce week-end et Séville pour le pont du 8 décembre (enfin un jour férié qui tombe en semaine !!).
  • Erasmus : Ereintant. En fait, je crois que je suis tombée dans la meilleure école d'Espagne et qui tient à garder son prestige, donc les étudiants Espagnols mettent en moyenne 8 ou 9 ans (au lieu de 5 normalement en Espagne) pour finir leur cursus. Bref, je m'en sors en cours (j'ai tout de même un emploi du temps d'étudiant d'échange et j'ai substitué les matières trop difficiles dès que c'était possible), mais ça va vite et donc ce n'est pas aussi cool que ce que j'espérais. Résultat, c'est difficile de faire honneur au statut d'Erasmus (= qui va à toutes les fêtes) sans se retrouver très vite largué, et donc cela demande beaucoup d'énergie. Mais on n'est étudiant d'échange qu'une seule fois, pas vrai ? Ce serait dommage de ne pas en profiter.
  • La nuit : je pense que j'écrirai un article complet dessus, car il y a beaucoup de codes et c'est une vraie institution. Bon, en plus, n'étant pas une grande clubbeuse en France (je suis plutôt une fille de bars et de pubs qu'une fille de boîtes de nuit, où je ne suis jamais assez bien habillée et où la musique me fait surtout mal aux oreilles), je n'ai pas beaucoup de points de comparaison.
Il y a d'autres choses à raconter bien entendu, mais je vais devoir vous laisser, car j'ai cours (oui, je commence à 12h45, mais consolez-vous, je finis à 20h15).
Hasta pronto!

08.09.2008

You know you're in Madrid when...

C'est la rentrée, enfin pas encore pour moi, mais passons :-p Il est tout de même grand temps que je reprenne mes activités ici...
Une sélection personnelle, probablement applicable à l'ensemble de l'Espagne dans certains cas, mais qui représente toutes les petites choses qui font que je me sens à Madrid, chez moi en fait...

Les feux pour piétons piaillent. Oui oui, c'est un phénomène biologique intéressant, ils se mettent à pousser des cui cui, ou plutôt des piou piou, dès qu'ils passent au vert. Surprenant au début, on s'y habitue, sans forcément comprendre, surtout lorsque certains ont une fréquence de piou piou plus importante, ce qui donne l'impression d'une attaque en règle dans Star Wars, notamment aux carrefours. (cela m'a rappelé Budapest, où les feux ne font pas "piou piou" mais "tacatacatacatac", imitant subtilement des tirs de kalachnikov qui ne mettent pas vraiment à l'aise)

Le métro me fait beaucoup penser à celui de Paris, en plus neuf et avec la télé ;-)

Le trajet de l'aéroport au centre ville coûte 2 euros en métro (et encore, c'est parce qu'il y a un supplément).
Le ticket ne coûte qu'un euro à l'unité et 7 euros pour 10 trajets... arf si les TCL pouvaient en prendre de la graine ! (2e réseau de transports en commun le plus cher en Europe après Londres il me semble...)

L'Espagne est dans le même fuseau horaire que la France, mais le décalage officieux est de 2h : déjeûner à 15h, dîner à 22h et entrées gratuites ou réduites en boîte jusqu'à 2-3h.
Par contre, la journée commence à la même heure, cherchez l'erreur...

En me promenant dans les rues, je suis toujours ravie par les couleurs, vives, des façades des immeubles, qui ne respectent aucun schéma imposé par la ville : rien ne semble interdit en architecture (grands immeubles rappelant les gratte-ciels des années 30 à Chicago, tours modernes, logements haussmaniens ou à 3 ou 4 étages, inspirés des collines romaines, petits, colorés et chaleureux) et c'est génial ! J'avais eu la même impression à Berlin (encore plus extrême, mais il faut avouer que les bombardements et les no man's lands sont bien pratiques pour laisser libre cours à son imagination) et c'est rafraîchissant par rapport à la France.

Je trouve aussi mes tenues un peu sages et parfois ternes par rapport à celles des Espagnoles. J'hésite encore à la jouer très française pendant l'année ou à m'adapter aux couleurs locales (dans les limites de ma penderie !), même si certaines associations me font toujours un peu peur (le orange fluo sur peau pâle et cheveux blonds ne me convainc pas vraiment), un peu d'excentricité ne me ferait pas de mal, j'ai 22 ans !

Je sais qu'il ne faut pas que j'emprunte, seule, la calle de la Montera avec une jupe courte et/ou des talons hauts (haha talons hauts... mes pieds se fichent de moi), de préférence sans prêter un regard aux vitrines (sex shops et salles de jeux de toute façon), sous peine de devoir supporter les regards insistants des hommes qui pourraient penser que j'attends. Préférer l'ours de la plaza del Sol pour se donner rendez-vous. Etrangement, la municipalité a décidé de faire des travaux dans la rue pour la repaver...

Le quartier gay est vraiment gay. Tout est branché : les bars, les meubles, les vêtements et les homosexuels s'affichent sans équivoque. Le progressisme prend un sacré coup quand on est surpris par cela en Espagne (dont je rappelle que les églises sont fermées 3 à 4 fois par jour pour les messes et dont l'hystérie des semaines saintes ferait pâlir d'envie n'importe quel pasteur pentecôtiste américain). Ne pas oublier que le mariage et l'adoption sont déjà légalisés pour tous, quand le débat est au point mort en France...

Les asiatiques parlent espagnol. C'est idiot, mais dans mon esprit, les asiatiques parlent asiatique (= chinois, vietnamien, coréen), anglais ou français. Pas espagnol. Alors que j'ai bien rencontré des Chinois qui parlaient allemand, mais ils étaient étudiants, pas commerçants. L'occasion de me trouver bête encore une fois, ou comment tester ses stéréotypes.

Londres est une ville où l'on tombe sur un parc ou un jardin à tous les coins de rue, surtout les plus inattendus, quand à Madrid on se prend les pieds dans les chaises d'une terrasse de café sans arrêt. Mon petit doigt me dit que cela a un rapport avec la météo ;-)
Evidemment, sortir manger des tapas est une institution, décrite très fidèlement ici (j'aurais bien mis les images directement, mais cela n'aurait pas été sympa pour le boulot de Mlle Gomez ;-)).

Et puis je suis à Madrid, quand je peux râler parce que je croise trop de Français !

05.08.2008

9 mois d'hiver, 3 mois d'enfer

C'est ce qui résume le climat madrilène. En plein cœur de l'Espagne et juchée sur un plateau, la ville a droit à un bon climat continental. Non, l'Espagne ce n'est pas que la plage et la douceur hivernale, à Madrid en hiver, en général, ça caille. Une large amplitude thermique dont je n'ai goûté que le maximum pour le moment, mais qui confirme le caractère infernal de l'été : une grande ville en pleine canicule, c'est la fonte des touristes assurée ! La preuve (photos prises à l'ombre à quelques secondes d'intervalle) :
 
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Et celle-ci, c'est pour illustrer l'hiver polaire, proche du zéro absolu ! (eh, le thermomètre a raté son interro de thermo, pfff)
 
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Bref, c'est pour cette raison que les Espagnols sont obligés de faire la sieste (en été, la température commence à être agréable vers 20h) et de boire beaucoup (de l'eau vous dîtes ? ah aha). Eh oui, s'ils sortent plusieurs fois par semaine, c'est parce qu'il s'agit d'une question de santé publique.
Elémentaire, mon cher Watson.

02.08.2008

In Mojito I trust

Je sais, le mojito n'est pas espagnol, mais c'est à la mode et j'en ai bu plus que de raison pendant mon séjour. Je ne devrais d'ailleurs pas leur faire confiance, c'est vraiment traître avec la chaleur et la fatigue, mais tellement bon !
 
Si vous avez des grands-parents high tech, ils sont passés à l'appareil numérique et photosopent leurs photos, mais ne vous proposent plus d'adorables séances diapos... Comme cela manque à tout petit-fils ou petite-fille digne de ce nom, je viens combler ce grand vide dans votre vie ! N'oubliez pas que je suis déjà la mère de mon frère, donc à ce rythme-là, je pourrais bien être votre grand-mère d'ici peu...
 
A Madrid, il y a :
 
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des statuts alcooliques Plaza del Dos de Mayo
(le premier qui pense à la sauce à un gage...)
en mémoire du soulèvement des Madrilènes contre Joseph Bonaparte le 2 mai 1808.
 
 
 
 
 
 
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des artères pleines de gens, de voitures et d'immeubles hauts, d'où le nom de Gran Vía.
 
 
 
 
 
 
 
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l'ours et son arbousier, Plaza del Sol (centre de Madrid et 0 kilométrique de toutes les routes d'Espagne).
 
 
 
 
 
 
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de l'animation le soir Plaza Mayor (mais surtout pour les touristes, donc essentiellement des terrasses de cafés et de restaurants chers)...
 
 
 
 
 
 
.... donc je préfère la Plaza Santa Ana
 
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une gare avec un jardin tropical (Atocha)
 
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un roi dans son palais
 
 
 
 
 
 
 
 
des appartements en corrala
 
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des tours modernes
 
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de l'art mudejar (auberge de jeunesse classée : Cat's Hostel)
 
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des immeubles imposants
 
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mon futur quartier
 
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29.07.2008

Madrid me mata... los pies

De retour, pour vous jouer un mauvais tour (mauvaise la référence, mauvais, on va savoir ce que je regardais à la télé !!), après avoir épaté la gallerie avec mon baragouinage en español puedo-visitar-el-piso-muchas-gracias-vamos-a-la-playa.
 
Bilan 
  1. un mignon petit appartement (ok, studio) dégoté sur un coup de chance, dans un quartier que j'aime bien même s'il faut se méfier des fréquentations (ouh il y a plein d'immigrés qui parlent fort... c'est la Guillotière à Lyon ou Belleville à Paris mais avec moins d'asiatiques). Propriétaire sympa mais difficilement compréhensible (quelle idée de manger ses mots dans une langue étrangère ?), à 10 minutes de la plaza del Sol et du musée d'art contemporain, immeuble rénové, Carrefour et station de métro à 45 secondes à pied et plein de petits bazars alimentaires dans le coin au cas où on ait envie de manger halal, indien, chinois, le tout au prix de caves immondes visitées dans le même quartier. Autant dire qu'on n'a pas hésité longtemps, on est revenu une demie heure après la visite (un dimanche soir...) pour boucler l'affaire.
  2. ai failli succomber à une overdose de gazpacho, serano, limón granizado et mojito (oui, il faut boire beaucoup à Madrid ;-)).
  3. me suis habituée facilement au décalage horaire de 2h, même si je n'ai jamais réussi à tenir assez longtemps pour découvrir la vie nocturne en boîtes (qui commence vers 2-3h... dur dur quand on ne peut pas faire la sieste et qu'il faut se lever à 8h pour le petit déjeûner).
  4. ai trouvé amusant que l'heure de pointe soit à minuit dans le métro (et pas parce que c'est le dernier !).
  5. ai bronzé (oh ça va, tout est relatif, j'ai quand même la marque de mes sandales sur les pieds).
  6. ai découvert que contrairement à l'idée que je m'en faisais sur carte, Madrid, juchée sur son plateau et capitale la plus haute d'Europe, n'est pas une ville plate... mais alors vraiment pas.
  7. l'ai expérimenté maintes fois lors de nos crapahutages pour nos visites d'appartements, puis de touristes. Mes chaussures et mes pauvres pieds tous secs s'en souviennent.
  8. ai tenu à voir le fleuve de la ville (complètement excentré) pour me rendre compte qu'il s'agit en fait plutôt d'un ruisseau stagnant et boueux...mais travaux attaqués pour que les berges deviennent un endroit sympa et arboré (tiens, ça me rappelle quelque chose).
  9. ai fait plaisir à mon porte-feuilles car ma valise était déjà pleine et n'ai pas craqué devant la multitude de boutiques de fringues et de chaussures (et pourtant il y a de quoi, les créateurs espagnols sont plutôt doués).
  10. ai 650 photos (non, je n'exagère pas) de cette première incursion, donc cette reconnaissance du terrain a effectivement été productive... il faut encore que je sélectionne lesquelles montrer.
Bref, j'ai hâte d'y retourner ^^

10.03.2008

Tengo un sueño

Ojalá se realize...
 
Les aventures d'étudiants d'échange sont toujours longues et pleines de rebondissements, en témoignent les amis qui ont réussi à partir et les étrangers que je croise en TD, leurs galères pour déjouer les pièges du système scolaire et pour joindre les 2 bouts des crédits ECTS, leurs incompréhensions face à une autre langue et à tout le système administratif d'un nouveau pays. Mais toutes leurs découvertes compensent très largement ces tracas et leur enthousiasme, malgré quelques coups de blues, donne envie de voyager et de partir, loin.
 
C'est en octobre qu'a eu lieu la journée internationale, pour présenter les universités et les pays, quand l'école ou l'université se transforme en véritable agence de voyage, quand on se voit, des étoiles plein les yeux, passer un an en Australie, en Inde ou au Chili. Ensuite, viennent les choses sérieuses, le retour sur terre, quand on réalise que le nombre de places est limité, qu'il va falloir se battre à coups de notes et de classements et que certaines destinations sont inaccessibles. Le petit carnet répertoriant tous les documents à fournir, les démarches à effectuer et les délais à respecter en main, on réfléchit, on cherche le compromis entre le rêve auquel on s'accroche et les opportunités. Enfin, on se lance, les délais sont serrés et le dossier est toujours à remettre au moment le plus chargé de l'année, quand les basses considérations scolaires prennent le dessus. Certains se découragent et on espère secrètement qu'il n'y aura pas trop de candidats pour l'université qu'on aura finalement choisie. Puis vient l'attente, quand on se dit qu'on aurait pu être plus convaincant(e) à l'entretien de motivation, parce qu'on a oublié la petite phrase qu'on avait préparée et qui aurait pu faire mouche, et quand on trépigne d'impatience de connaître la réponse.
 
Pour ma part, je suis restée assez lucide. Bien sûr, j'aurais bien aimé partir en échange à Singapour ou à Toronto, mais l'un des objectifs de l'échange était au moins d'essayer de partir dans la même ville que mon copain. Cela me paraît franchement niais à écrire, mais cela fait déjà un an et demi qu'il est parti faire ses études à Paris, donc c'est une occasion de se retrouver dans une ville neutre, suffisamment longtemps pour savoir si l'on est capable de vivre ensemble. Bien entendu, il fallait trouver une destination qui nous convienne pour d'autres raisons, car mettre d'accord les administrations de 2 écoles différentes pour nous laisser partir au même endroit est assez tendu.
Notre choix s'est arrêté sur Madrid, une ville que nous ne connaissons ni l'un ni l'autre, une langue que nous ne maîtrisons pas vraiment (ma vraie LV2 est l'allemand) et pas d'attirance particulière avérée pour l'Espagne et sa culture. Un choix pragmatique car il s'agissait probablement de la destination la plus facile à obtenir dans notre cas (la concurrence pour les pays anglophones est rude et j'ai déjà donné en Angleterre) et finalement un bon choix car nous partirions à égalité, aussi ignorant l'un que l'autre.
 
Je sais depuis fin janvier que je suis autorisée à partir, ce qui a ensuite été confirmé par mes résultats de partiels. Cela fait donc depuis un mois et demi que je sais que je vais partir (sous réserve de réussir le 2e semestre bla bla bla), mais pas si je pars seule ou accompagnée. Je me suis donc bien gardée d'imaginer ce que pourrait être ma vie là-bas, où je pourrais habiter, ce que je pourrais visiter, ce qui est d'autant plus facile que je ne sais pas à quoi la ville ressemble, et j'ai mis ce projet sagement en veilleuse, en profitant calmement du présent. 
C'est pour cette raison que lorsqu'il m'a dit vendredi soir : "J'ai reçu un mail, j'ai une bonne nouvelle pour Madrid, j'ai mon échange et je peux partir dès le mois de septembre.", je n'ai pas vraiment pris la mesure de l'annonce. J'ai bien sûr répondu que c'était super, demandé des précisions et des confirmations, mais le message ne s'est pas imprimé dans mes certitudes, n'a pas brisé la coquille de protection que j'ai érigée pour ne pas être déçue. Parce qu'il y a toujours une chance que cela ne fonctionne pas et que je ne voudrais pas m'emballer trop vite.
 
Petit à petit, l'idée a fait son chemin pourtant. Quand ce week-end je l'ai vu chercher sur une carte où se situent nos 2 universités respectives, quand il m'a dit qu'il vaudrait mieux partir fin août ou début septembre pour trouver un logement, qu'il faudra choisir entre une colocation ou un appartement à deux... Ce glissement du conditionnel au futur et le voir planifier, alors que c'est toujours moi qui le fais d'habitude, ont ébranlé ma retenue. 
Mais je me suis autorisée à y croire vraiment lorsqu'il est parti hier soir, et que sur le quai de la gare, je me suis dit qu'à la fin de l'année scolaire, il était possible que cette scène ne se répète plus pendant plusieurs mois.
 
Depuis l'excitation du départ monte et je savoure.
 
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 L'ours et l'arbousier