26.06.2009

Le temps des dernières fois

Voilà, c'est presque fini...

Ma valise m'attends, béante et désespérément vide. Je n'ai toujours pas imprimé mon billet d'avion. Je repousse au maximum le moment de m'y mettre, comme si le départ ne se concrétisait qu'une fois entamé ce processus. Et puis je ne réalise pas vraiment. J'ai déjà pris plusieurs fois l'avion et quitté Madrid, mais c'est la dernière fois que je le fais en tant que madrilène. Une fois de retour sur le sol français, je redeviendrai une étudiante française quelconque, qui est partie en échange mais n'est plus Erasmus. Je me le répète souvent pour me préparer du mieux possible à ce changement inéluctable, mais rien n'y fait. Je rentre, ok.

Hier cela m'est quand même tombée dessus, d'un coup, alors que j'étais passée dans le quartier de Salamanca pour jeter un oeil aux soldes (elles ont commencé lundi ici, donc ce n'était pas la cohue), je suis arrivée dans le parc du Retiro. Et là, bam ! Je me suis rendue vraiment compte que c'était probablement la dernière fois que je venais ici avant un bon moment. Je me suis dépêchée de grimper le petit monticule artificiel équipé d'escaliers en colimaçon pour voir enfin ce qu'il y avait au sommet car je me suis dis des dizaines de fois pendant l'année qu'il faudrait que j'aille voir un jour. Et je me suis prise en pleine figure tous les mini-projets et les plans que j'avais prévus ici sans les avoir encore réalisés, en me rendant bien compte qu'il était désormais trop tard. J'ai quand même été désespérée de ne pas être entrée dans le stade de foot du Real Madrid (le Santiago Bernabeu), alors que je n'en ai absolument rien à secouer du Real (en plus, ils se décident à recruter uniquement des manequins une fois que je m'en vais... tsssk). J'ai arpenté le parc, en essayant de passer uniquement par des endroits que je n'avais pas encore vus à cause de l'habitude et j'aurais voulu pouvoir en même temps retourner à tous mes endroits préférés. Je suis quand même allée dire bonjour aux canards, même s'ils n'étaient pas aussi émus que moi.

Et puis j'ai filé au Prado. Ma dernière exposition au Prado... Cela faisait des semaines que je pensais y aller et puis par flemme et certainement pas par manque de temps j'avais retardé. Je n'ai pas regretté. Je ne suis pas hyper calée en peinture espagnole, mis à part tous les grands classiques (Velazquez, Goya, Picasso, Miro etc...), donc cette année a été une remise à niveau (j'ai fait allemand LV2 je rappelle, donc par contre j'ai mangé de l'expressionnisme allemand pendant des années). J'ai donc découvert Sorolla, un peintre très apprécié à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, qui peignait plus pour la forme que le fond, mais techniquement très impressionnant. Ce n'était pas un artiste torturé, loin de là, apparemment, tout à l'air de lui avoir réussi : de nombreux prix pour ses tableaux, très amoureux de sa femme, de beaux enfants et apprécié autant dans la haute société pour son côté intellectuel que chez les pêcheurs valenciens qu'il a peints de nombreuses fois. A tel point que des Américains lui ont commandé de grands tableaux de l'Espagne, la culture et le terroir espagnol pour les nuls en quelque sorte. Forcément, cela a fait écho à mon état d'esprit. J'ai cherché à me remplir de l'énergie des danses sévillanes, à ne plus être inquiétée par les costumes des processions de la semaine sainte (les mêmes que ceux du Ku Kux Klan, en noir...), à comprendre l'importance de la mer et de la pêche, à m'enorgueillir des plateaux arides, des champs de blé et des montagnes de la Castille. Pour la première fois, je n'avais plus l'impression d'être spectatrice car j'avais fait partie de tout cela le temps d'une année. Une année, c'est ce qu'il m'a fallu pour comprendre viscéralement ce qu'est l'Espagne, ses paradoxes, son histoire et son rythme de vie.

Je suis sortie un peu ragaillardie, le guide de l'exposition sous le bras en souvenir de ces dernières émotions passées là-bas. J'ai regretté de ne pas avoir prix mon appareil photo car la ville était belle à ce moment-là, ou alors c'était pour m'aider à garder en mémoire ces précieux instants, parce qu'on remarque des détails nouveaux quand on sait que c'est fini. J'ai essayé de ne pas me laisser de nouveau assaillir par la détresse, à l'idée que je ne pourrai pas passer partout, que je n'irai pas goûter les poivrons farcis de ce bar et qu'il y a définitivement trop de rues pour que je puisse toutes les parcourir une dernière fois. Je suis rentrée, sereinement, en faisant quelques détours.

Aujourd'hui, c'est mon dernier jour ici. Ma propriétaire vient demain matin pour signer les papiers de clôture du bail et pour nous rendre la caution, vers midi je prendrai le métro pour la dernière fois avec mes valises trop lourdes et à deux heures cette année sera vraiment terminée.

Aujourd'hui, c'est la dernière fois que je vois mes amis d'ici, et encore, je sais que je ne pourrai pas leur dire au revoir à tous.

Il est temps que je commence ma valise, je crois.

23.06.2009

C'était mieux aaaavant

En avant le discours de vieille conne !

Ben oui, je m'inquiète beaucoup pour l'avenir de la nouvelle génération. J'ai 23 ans, pas d'angoisse particulière à l'idée d'en avoir plus inexorablement (oui, je sais, ça sera plus dur dans quelques années probablement, mais d'ici là j'aurai un salaire et beaucoup moins d'incertitudes, hopefully!), mais finalement très peu de points communs avec les nouveaux petits jeunes.

Eh oui, qu'attendre de ces jeunes qui écrivent en langage sms, qui disent à leurs amiis combien ils les aiiment <3<3<3 sur leur skyblog à  grand renfort de gifs animés, qui ont l'air d'avoir plus de 25 ans à 15 ans (et un air de Courtney Love dans ce cas-là, on est d'accord) et sur qui la tecktonik a fonctionné, même si ça s'essoufle ?

Surtout que cela s'annonce encore pire pour la relève. Oui, parce que la relève elle est nourrie à ça :

Oui, Disney fait porter des purity rings remplies d'ecstasy à ses petits poulains.

Mais où sont passés les dessins animés gentillement fleur bleue avec leur lot d'animaux chanteurs ? Pourquoi faire rêver les enfants avec des ados surbrushés, surmaquillés et sautillants dans un univers flashy et plein de bulles ?

Lyly June était bien contente de ne pas avoir 18 ans en 2009, je crois que je le suis encore plus de ne pas avoir 13 ans (ou même moins) aujourd'hui... à cet âge-là, je portais encore des cyclistes jaunes ornés d'ananas oranges pour aller au collège et en plus je le vivais très bien (j'ai eu plus de mal à l'assumer en 4e, quand même). Et en plus, j'avais le droit de faire la gueule et de ne pas pousser des cris hystériques pour faire croire que j'étais contente. Je n'ai toujours pas pu voir les Beaux Gosses, mais mon adolescence a certainement plus ressemblé à ça qu'à ce monde coloré et souriant, finalement plutôt inquiétant et totalement artificiel.

19.06.2009

En ébullition

Je n'arrête pas de dire que je reviens et je n'y arrive pas. Ce n'est pourtant pas par manque de choses à raconter, mais je n'arrive pas à suivre le rythme et c'est plus facile de laisser les choses traîner...

C'est bientôt fini, 10 mois ici et je ne réalise toujours pas. Ce n'est pas faute de me forcer et de tenter de me préparer pourtant. J'ai des amis d'école en échange dans d'autres pays et qui sont déjà rentrés... et qui dépriment, mais je n'arrive toujours pas à croire que cela va m'arriver aussi. Le problème, c'est que je suis la seule à être en vacances, la plupart de mes amis erasmus ou espagnols ayant encore des "examenes finales" à passer (dans le pire des cas, l'examen porte sur le programme de toute l'année et dure pratiquement 5h, pour repasser les 2 partiels). D'ailleurs, je m'en vais avant que certains en aient terminé avec ces réjouissances scolaires de fin d'année... j'ai l'impression de me faire voler mes derniers jours ici et de ne pas pouvoir en profiter comme il le faudrait puisque tous mes amis ont d'autres choses à faire et que je ne vais pas les obliger à sortir alors qu'ils doivent valider les matières qu'il leur reste. Oui, finalement, même si je suis soulagée d'avoir validé tous mes partiels du premier coup (o/), je suis à contre-courant.

Malgré tous les reproches qu'on peut faire aux études supérieures françaises, mine de rien, elles m'ont préparée à pratiquement n'importe quoi puisque je n'ai eu aucun problème à m'adapter à un nouveau système, de nouvelles notations et même à avoir de bonnes notes. Les particularités du système français sont également la raison de mon départ anticipé puisque nous sommes les seuls à avoir un stage obligatoire. Obligation donc de rentrer suffisamment tôt pour avoir le temps de rapatrier toutes mes affaires (je ne sais toujours pas comment je vais faire en étant limitée à 20 kg de bagages...), de faire un peu de rangement et de repartir. Oui, pour éviter le blues post-erasmus j'ai préféré choisir un stage en dehors de Lyon, parce que je ne pense pas que je serai capable de vivre de nouveau plusieurs mois avec mes parents. Et parce que c'est hyper original, je serai à Paris et j'espère que ce sera bien car je ne sais pas à quoi m'attendre. C'est pratique d'être prise sur entretien téléphonique, mais finalement je n'ai vu personne de l'équipe. D'ailleurs je songe à demander à Caroline D comment il faut que je m'habille pour aller en stage, car ce ne sont pas mes précédentes expériences qui m'y ont préparée.

Mais il n'est pas encore temps de parler de stage, je suis toujours à Madrid, pour une dernière semaine, et j'ai encore l'occasion d'y découvrir des choses. Il y a quelques mois, j'ai décidé de pousser la porte d'un magasin qui m'intimidait un peu et j'y suis restée finalement 1h à m'extasier sur le nombre de foulards et d'écharpes de toutes les couleurs, sur la quantité et la variété des ceintures et les chaussures... Je n'ai rien pris, ni rien essayé ce jour-là, j'étais juste contente d'avoir découvert quelque chose qui en valait la peine, parce que les 3 Zara par rue, c'est pratique et moins cher qu'en France, mais ce n'est pas très rafraîchissant. J'y suis retournée plusieurs fois, ai découvert que c'était une marque espagnole en train de s'implanter dans la capitale et que tous leurs vêtements et accessoires sont fabriqués en Europe (tout le cuir en Espagne évidemment). J'ai commencé par en ramener un sac, puis ensuite un bijou et enfin un cardigan. Hier, après être allée chez le médecin (plus de 9 mois sur place et j'ai besoin d'y aller une semaine et demi avant de partir !) et m'être fait prescrire une crème et une paire d'espadrilles, j'y suis retournée. Comme à chaque fois, j'ai étudié minutieusement chaque modèle, différentes hauteurs de talons, couleurs, coupes, formes. J'ai à chaque fois l'impression d'y faire un achat définitif, donc je fais attention à tous les petits détails. Me voici donc chaussée d'espadrilles, les chaussures les plus confortables du monde (même devant les Birkenstock quand il fait chaud) et en plus elles sont jolies. La boutique s'appelle Hakei (prononcé à l'espagnole "Rakei"). Ce que je préfère n'est pas présenté sur le site, mais cela donne une idée de ce qu'ils font.

Et au moment où je commençais à désespérer de la musique espagnole, j'ai découvert Russian Red, une madilène de 23 ans qui chante en anglais, mais avec une voix qui ressemble à Feist. Elle se fait connaître en Espagne et son joli minois y aide bien il faut avouer. Elle est passée l'année dernière à la Casa Encendida, un centre culturel à 2 pas de chez moi.

 

Et en furetant sur sa page Myspace, j'ai découvert qu'elle passait également pas loin de chez moi pour la fête de la musique, en compagnie des Sunday Drivers (un groupe de Tolède qui chante aussi en anglais). Je les avais déjà entendus en France avec On my mind. Une bonne surprise donc, les Espagnols ne sont pas cantonnés aux choregraphies bizarres à la Aserejé :-)

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