20.11.2008

L'Espagne et ses fantômes

C'est assez difficile à croire actuellement, mais il y a peine plus de 30 ans, l'Espagne était une dictature. Pourquoi je vous parle de cela maintenant ? Parce qu'aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la mort de Franco, le 20 novembre 1975, et que le sujet de la guerre civile revient sur le tapis actuellement.

Un rapide historique s'impose pour tous ceux qui n'ont pas fait LV2 espagnol, puisque j'imagine que la guerre civile doit être au cours d'espagnol ce que le Mur de Berlin est au cours d'allemand, sujet de bac 3 fois sur 4. Bref, suite à l'accession au pouvoir du Front Populaire en 1936 (comme en France, ça fait une date de moins à retenir), la droite à tendance royaliste et une bonne partie de l'armée ne sont pas ravies et décident de préparer un coup d'État. Celui-ci rate, mais divise l'Espagne en deux : d'un côté les "nationalistes" et de l'autre les "républicains" (Madrid, Barcelone, Valence, les régions les plus riches et les plus industrielles). Et le conflit s'enlise.

Le général Franco, Caudillo de España, reçoit le soutien de Hitler et Mussolini (et maintenant je vous laisse deviner ce que veut dire caudillo), la France et l'Angleterre décident de ne pas prendre parti, mais les légions étrangères et les communistes envoient beaucoup d'hommes en renfort des républicains. Les populations sont armées et les batailles sanglantes. Début 1939, la Catalogne tombe aux mains des nationalistes, puis Madrid peu de temps après. Le 1er avril 1939, Franco annonce la fin de la guerre et prend le pouvoir jusqu'à sa mort. L'Allemagne nazie, après avoir testée ses forces militaires en Espagne (lors du bombardement de Guernica notamment), attaque la Pologne quelques mois plus tard.

La période de la dictature n'est pas très animée, les Espagnols sont engourdis et encore traumatisés par la guerre et restent passifs jusqu'à la mort de Franco en 1975. Celui-ci avait désigné le prince Juan Carlos comme son successeur et parvint à imposer la monarchie.

Après plus de 30 ans d'absence, les Espagnols se réveillent et les circonstances sont propices à la créativité et l'inventivité (période de la Movida), mais pas au dialogue et à la réflexion sur la guerre. Les criminels de guerre ne sont pas poursuivis, les coupables ne sont pas jugés et tout le monde ferme les yeux. De la même façon qu'en Allemagne, il aura fallu attendre une génération pour que les gens aient envie de connaître la vérité et de savoir ce qu'il s'est passé. Actuellement une polémique, largement relayée par la presse, oppose un juge qui a décidé d'autoriser l'exhumation des fosses communes de la guerre civile pour que les familles puissent enterrer leurs morts, à ceux qui estiment qu'il ne faut pas remuer le passé et diviser encore une fois les Espagnols (ce groupe comprend tous les nostalgiques du franquisme). Finalement, il a fait machine arrière et il a été décidé de laisser le soin à chacune des Communautés de choisir lesquelles seront ouvertes ou non. Ressortent également des histoires d'enfants enlevés à leurs parents (assassinés ou non) pour être confiés à des familles proches du régime franquiste, dont les neveux ou cousins actuels cherchent à savoir ce qu'ils sont devenus. Les Espagnols ont encore pas mal de linge sale à laver avant de pouvoir réellement tourner la page.

Et que se passe-t-il aujourd'hui ? Rien de particulier, en fait. Des fidèles du franquisme se réunisse probablement à la basilique Santa Cruz del valle de los Caídos à l'Escorial (Nord-Ouest de Madrid) où est enterré Franco. Les années précédentes, il y a eu quelques affrontements, mais je n'ai rien remarqué de spécial cette année.

Promis, la prochaine fois, je vous propose un article plus fun que la dictature ;-)

Commentaires

J'avais eu le même type de réflexion sur les démons de l'Allemagne et l'Autriche, sauf que les Autrichiens n'en parlaient pas ...

Ecrit par : Cha | 21.11.2008

C'est vrai que les Autrichiens ont un rapport plutôt étrange et parfois inquiétant à leur passé. Cela me paraît vraiment malsain et je ne sais pas ce que cela donnera dans le futur.
Enfin, il faut faire confiance aux nouvelles générations qui posent des questions :-)

Ecrit par : Lu' | 02.12.2008

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